En y réfléchissant l’autre jour, tout en savourant un excellent cigare de Cuba en écoutant le Miserere d’Allegri, je me disais qu’il est plus facile de tuer quelqu’un que de braquer une banque.
Il suffit d’aller dans un coin tranquille, d’attendre que quelqu’un ait le malheur de passer et de le descendre. Vous n’avez plus qu’à rentrer chez vous et le tour est joué. Pas compliqué, si vous avez les couilles d’appuyer sur la détente ou de massacrer un type à coups de couteau. Et à priori, à moins que vous ayez été assez stupide pour laisser vos papiers sur place, vous ne risquez pas d’être inquiété. Sauf si, planqué dans un buisson, un témoin a assisté à la scène et coure vous dénoncer. Ce serait vraiment un coup de malchance, et dans ce cas dites-vous bien que personne n’échappe à son destin. C’était le vôtre de finir en taule, il faut vous faire une raison.
Par contre, si vous braquez une banque, vous allez en baver des ronds de chapeau pour ressortir avec le fric, et même si vous y arrivez, les flics seront sur vos talons dans les secondes qui suivent. L’argent vaut plus que la vie humaine, et il est bien mieux protégé. En fait, si on a interdit le meurtre, c’est uniquement pour protéger les riches, parce que tout le monde s’en fout que les pauvres s’entretuent joyeusement. A condition bien sûr qu’il en reste assez pour faire le sale boulot, bosser comme des chiens pour remplir les poches de patrons arrogants et sans scrupules. Ce sont eux qui ont le plus à perdre dans cette histoire. Ils sont pleins aux as et vivent dans des camps retranchés pour ne pas se faire égorger par les pauvres. Des hordes de pauvres qui errent dans les rues à la recherche de quelque chose à bouffer. C’est comme dans les films de zombies : les survivants sont les riches et les zombies les pauvres. L’essentiel de Zombie, de Romero, se déroule dans un supermarché, symbole absolu de la société de consommation, du libéralisme et de l’inégalité sociale. Les rescapés sont équipés d’armes à feu en tout genre, et massacrent les morts-vivants qui n’ont d’autres armes que leurs dents avides de chair humaine. Par contre les zombies ont un avantage : ils sont nombreux, beaucoup plus nombreux. On ne sait pas si ils baisent, s’ils peuvent de reproduire. Le sujet n’est jamais abordé dans les films, personne n’a jamais vu deux zombies en train de niquer. C’est sans doute impossible puisqu’ils sont morts. Comment deux cadavres ambulants pourraient-ils donner la vie à un mort, un joli petit bébé zombie tout moche? Il faudrait le nourrir de chair fraîche dès son plus jeune âge, le pauvre chéri.



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