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Lionel et
Lisa, dans l’appartement de Lisa. Ils doivent se marier
prochainement.
- Oh non,
chérie, dis-moi que c’est pas
vrai !
-
Si,
Lionel, c’est la
vérité…
-
Ton
père a vraiment appelé ?!
-
Oui,
ce matin, à la première
heure !
-
Ton
père me rend dingue,
bébé !
-
Désolée,
chéri…
-
Et
alors, qu’est-ce qu’il voulait, cette
fois ?
-
Il
veut que tu ailles à la pêche avec lui cet
après-midi…
-
Oh
non, merde, Lisa ! Tu sais aussi bien que moi que j’ai
horreur du poisson !
-
Je
sais, Lionel, je sais ! Mais tu n’es pas obligé
de le manger, il suffit juste de le sortir de
l’eau…
-
Tu
sais, Lisa, ça remonte à
loin…
-
Je
sais , chéri…
-
Si
je n’avais pas été attaqué par ce banc
de sardines carnivores à Saint Barth je n’en serais
certainement pas là aujourd’hui… Mais le mal
est fait, la seule vue d’un poisson, même minuscule, me
donne de l’urticaire… Le seul fait de savoir que les
poissons existent me donne envie de hurler à la mort dans la
nuit étoilée !
-
Il
fait jour, Lionel…
-
Oui,
enfin, c’est une façon de parler ! Une sorte de
sémaphore, si tu
préfères…
-
De
métaphore, tu veux dire ?
-
Ecoute,
bébé, j’ai vraiment pas envie de parler de
ça maintenant, OK ?
-
OK,
OK, mais il faudrait quand même penser à voir un psy,
Lionel… J’en connais un très bien qui pourrait
s’occuper de toi… Il est spécialisé dans
tout ce qui concerne les traumatismes avec les animaux… Tu
veux que je l’appelle ?
-
Non,
non, pas en ce moment… Un jour, peut-être, mais pas
pour le moment…
-
Je
comprends, chéri. Mais en attendant, il faut absolument que
tu ailles à la pêche avec mon
père…
-
Franchement,
bébé, tu te rends compte de ce que tu me
demandes ?
-
Un
énorme sacrifice, j’en ai bien conscience ! Mais
tu connais Howard, Lionel : si tu ne vas pas à la
pêche avec lui il s’opposera à notre
mariage !
-
Justement,
Lisa…
-
Justement
quoi, Lionel ?
-
Je
crois que ton père ne m’apprécie pas beaucoup,
et…
-
Non,
Lionel, non ! tu te trompes ! Mon père est parfois
un peu froid, c’est vrai, mais je t’assure qu’au
fond il t’aime beaucoup !
-
Au
fond de quoi, bébé ? au fond de son
slip ?
-
Oh !
Lionel, tu es si drôle ! J’aime tellement ton
humour ! Mais sois sérieux un instant, je t’en
prie !
-
Je
suis sérieux quand je te dis que ton père ne peut pas
m’encadrer ! Tu veux que je te dise la
vérité : il me fout la
trouille !
-
Lionel !
Tu dis ça parce qu’il est tueur à
gage ?
-
Excuse-moi,
chérie, mais c’est tout de même un peu
inquiétant !
-
Ecoute,
Lionel, ses parents étaient pauvres et il n’a pas eu
la chance de pouvoir faire des études… Quand ma
mère est tombée enceinte, il a bien fallu qu’il
travaille pour nous faire vivre…
-
Il
aurait pu trouver un autre métier,
bébé…
-
On
ne choisit pas toujours, dans la vie ! Regarde, toi, par
exemple, tu n’as pas la choix : tu vas être
obligé d’aller à la pêche avec
lui !
-
Très
drôle ! N’empêche que cette histoire de
pêche ne me dit rien qui vaille…
-
Qu’est-ce
que tu veux dire ?
-
J’ai
peur que ce ne soit qu’un prétexte,
Lisa…
-
Un
prétexte ?! Un prétexte pour quoi,
Lionel ?
-
Pour
se débarrasser de moi !
-
Lionel !
Tu n’imagines tout de même
pas… !!!
-
Je
ne sais pas, je ne sais plus, Lisa ! Tout se mélange
dans ma tête, il me semble parfois que je deviens
fou !
-
Mon
pauvre chéri ! Laisse-moi appeler le Dr Fossberg, il
s’occupera de toi…
-
Jamais
de la vie ! c’est un ancien
nazi !
-
Ne
dis pas de bêtises, Lionel, il est
juif !
-
Et
alors ! On n’en parle pas beaucoup, mais il y avait des
juifs dans l’armée allemande !
-
Lionel !
je ne peux pas te laisser dire ça !
-
C’est
pourtant la vérité ! Le secrétaire
personnel de Goering était juif ! Goering lui a
sauvé la mise le jour où la Gestapo est venue pour
l’arrêter ! Goering leur a dit : c’est
moi qui décide qui est juif ou qui ne l’est pas, et si
je décide que VOUS êtes juifs vous partez direct pour
les chambres à gaz ! Tu penses bien que les autres se
sont barrés en vitesse !
-
Lionel,
bon sang ! Le Dr Fossberg n’a même pas 50
ans !
-
Et
alors ?
-
Et
alors il n’était même pas né pendant la
deuxième guerre mondiale !
-
Peut-être
pas lui, mais son père était né, en tout
cas ! Et je te rappelle que c’est son père qui
lui a tout appris ! Il était psychiatre, lui
aussi ! Pendant la guerre il a changé son nom de
Fossberg en Kramer et
il bossait dans un camp de concentration. Il portait
l’uniforme de l’armée allemande et allumait
lui-même les fours pour faire griller ses compatriotes !
Bon dieu, Lisa, ouvre les yeux : ce type était un
monstre, et son fils ne vaut pas mieux !
-
Ecoute,
chéri : je me fiche de savoir si le Dr Fossberg est un
ancien nazi, le fils caché d’Hitler ou n’importe
quoi d’autre ! Tout ce que je te demande c’est
d’aller à la pêche cet après-midi avec
mon père ! Tu peux bien faire ça pour
moi… pour nous !
-
Hmmmoui…
Dis donc, je pense à un truc…
-
Quoi,
lapin ?
-
M’appelle
pas lapin, bordel, j’ai horreur de ça ! Je suis
pas un putain de rongeur, et en plus je déteste les
carottes !
-
Désolée,
chéri, désolée ! Tu pensais à
quoi ?
-
Eh
ben… tu pourrais peut-être venir avec nous,
non ?
-
A
la pêche ?! Lionel ! la pêche c’est pas
un truc de fille ! De toute façon j’ai promis
à Milda de faire les boutiques avec
elle…
-
Et
si ton père essaye de me tuer ? Ça te fera une
belle jambe d’être allée faire les boutiques
avec cette grosse vache !
-
Lionel !
Milda n’est pas une grosse vache !
-
Si,
c’est une grosse vache blonde ! et en plus elle me fait
du gringue…
-
Tu
plaisantes, j’espère…
-
Pas
du tout ! Elle me fait du gringue dès que t’as le
dos tourné !
-
Je
n’en crois pas un mot ! Tu dis ça parce que tu
veux que je vous accompagne cet après-midi à la
pêche ! Ecoute, Lionel, c’est quand même pas
si terrible de passer quelques heures avec mon père au bord
de l’eau !
-
Je
te rappelle que ton père est un
assassin…
-
Non,
certainement pas !
-
Tuer
des gens, tu appelles ça comment ?
-
Un
métier, ni plus ni moins. Mon père est un
professionnel qui prend son travail très à
cœur…
-
Ça,
c’est vrai ! les clients n’ont jamais à se
plaindre et les victimes ne sont plus en état de le
faire ! D’accord avec toi, ton père n’est
pas un vulgaire assassin… S’il y avait des
récompenses pour les maniaques et les psychopathes, ton
père pourrait espérer la Légion
d’Honneur !
-
Tu
exagères toujours !
- Bon,
ça va, laisse tomber, je vais aller à la pêche
avec lui cet après-midi ... Mais ne
t’étonne pas si on retrouve mon corps lesté de
plomb au fond de la rivière !
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